Pourquoi il y autant d’emplois à pourvoir dans la logistique (et comment ses métiers ont évolué)

Près de 100.000 projets de recrutement ont été recensés par Pôle emploi en 2021 dans le secteur des transports et de l’entreposage. Une situation qui tient beaucoup à l’évolution des métiers et à l’organisation spatiale de la logistique. Explications.

(@Afilog)
Connaissez-vous les trois métiers qui recrutent le plus ? Hors saisonniers, ce sont les aides-soignants, suivis des aides à domicile et aides ménagères, et enfin les ouvriers non qualifiés de l’emballage et manutentionnaires. Autre enseignement de l’édition 2021 de l’enquête « Besoins en Main d’œuvre » de Pôle emploi, 96.060 projets de recrutement ont été recensés dans le secteur des transports et de l’entreposage.

« Dans les entrepôts logistiques, les besoins de main d’œuvre étaient importants depuis plusieurs années et ils le sont encore plus depuis la crise sanitaire, observe Éric Servolle, directeur de marchés transport-logistique chez Manpower. Nous avons toujours beaucoup de demandes pour recruter des agents logistiques et des caristes avec des besoins croissants à la livraison, à la planification en vue de la préparation des marchandises et de la pré-expédition, aux services du contrôle qualité et de la satisfaction client. » Une tendance qui révèle la mutation des métiers au sein des entrepôts.

Des nouveaux profils pour pourvoir les emplois dans les sites logistiques

« Les agents dans les entrepôts sont de plus en plus autonomes et responsabilisés, ce qui nous conduit à aller chercher de nouveaux profils, révèle Éric Servolle. Le métier de cariste évolue également car les engins embarquent de plus en plus d’informatique et de nouvelles techniques de préparation de commandes sont déployées. »

Corollaire de cette nouvelle donne, de plus en plus de formations sont dispensées au personnel, tant au niveau du savoir-faire que du savoir-être. Quant aux entrepôts totalement automatisés, ils nécessitent moins d’agents logistiques et de caristes mais ont besoin de main d’œuvre pour l’installation, la maintenance et le contrôle technique des installations. Autant de spécificités qui contribuent à complexifier les recrutements.

Les employés en position de force

Près de la moitié des recrutements (47,7%) sont jugés difficile par les entreprises du secteur transports-entreposage selon les données recueillies par Pôle Emploi. « Au-delà des volumes, nos clients nous demandent d’être de plus en plus réactifs, précise Éric Servolle. Nous sommes régulièrement sollicités pour pourvoir des centaines de poste en l’espace d’un mois quand des sites logistiques sont confiés à des sous-traitants. Nous nous adaptons en transformant nos méthodes de recrutement. »

Autre difficulté, la concentration des implantations autour des nœuds logistiques comme Lille, Paris, Lyon et Marseille, territoires où sont recensés le plus de projets de recrutements par Pôle Emploi, conduit à un assèchement des bassins d’emplois. « Le salarié a aujourd’hui le pouvoir, souligne le directeur de marchés transport-logistique chez Manpower. Il décide où il va travailler en fonction de la marque employeur, de son intégration, des horaires proposés, de la prise en compte de sa sécurité… Cette situation amène un turn-over important. » Mais la profession s’organise pour y remédier.

Alignement de valeurs et nouvelles organisations géographiques

« Les acteurs de la logistique doivent communiquer sur leurs valeurs, leurs engagements en matière de RSE et sur les opportunités d’évolutions professionnelles qu’ils offrent pour fidéliser les salariés », avance Éric Servolle. La Semaine de la logistique, événement organisé du 18 au 20 novembre, a vocation à y contribuer en ouvrant au public des dizaines d’entrepôts en France.

En parallèle, les professionnels adaptent leurs organisations géographiques pour répondre aux nouvelles habitudes de consommation liées au développement du e-commerce et au retour en force des commerces de proximités. « Ils s’adaptent aussi au mouvement de la main d’œuvre, complète Éric Servolle. Nous avons fait des études de bassin d’emploi pour cibler les territoires où les personnes qualifiées se déplacent, notamment les villes moyennes. » De quoi renforcer encore un peu plus la contribution de la logistique au rééquilibrage territorial et à l’inclusion sociale.

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