Plantes indigènes, haies champêtres, pierriers… Les entrepôts se mobilisent pour la biodiversité

En juillet 2021, les membres d’Afilog ont signé avec l’Etat une charte d’engagements réciproques pour la performance environnementale et économique de l’immobilier logistique français. Avec 6 obligations portant notamment sur les eaux pluviales, la biodiversité ou encore l’accès aux friches. Un événement qui vient concrétiser la mobilisation des propriétaires et gestionnaires d’entrepôts sur ces sujets depuis plusieurs années. Analyse.

(@Payet)

“Au cours des trois dernières années, nous avons véritablement dénoté une prise de conscience des enjeux de la biodiversité par les professionnels de la logistique. Cela se traduit par exemple par la présence de paysagistes et d’écologues dans les équipes de conception et de réalisation des projets de construction de bâtiments logistiques.” Cheffe de projet écologie et paysage chez Payet, Alice Delude est à la fois une observatrice et une activiste de ce changement d’état d’esprit au sein de la filière logistique. Au-delà de la charte signée l’été dernier, de nombreuses initiatives prises récemment par de grands acteurs du secteur semblent effectivement démontrer une véritable volonté d’actions en matière de politique environnementale et plus spécifiquement de soutien à la biodiversité. Citons ici le partenariat – annoncé en février 2021 – entre Prologis et Beeodiversity afin de lancer une démarche d’amélioration continue en matière de biodiversité et de réduction des impacts environnementaux pour le leader de l’immobilier logistique en France. Autre illustration : la distinction “entreprise engagée pour la nature” décernée à l’investisseur & asset manager Barjane par l’Office Français de la Biodiversité en raison de ses actions de sensibilisation et de protection de la biodiversité sur ses vastes espaces verts

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Espèces végétales locales, haies champêtres et abris pour la faune

Sur le terrain, cette volonté d’action des professionnels de l’immobilier logistique se manifeste d’abord par une nouvelle approche des espaces verts et du végétal. Il y a encore quelques années, les gestionnaires et propriétaires d’entrepôts privilégiaient les espèces exotiques dont les feuillages persistants permettaient d’habiller la parcelle. Aujourd’hui, ce sont des espèces indigènes qui sont privilégiées, afin de servir de support à la biodiversité locale. Les espaces végétalisés sont désormais aménagés dans la continuité des paysages locaux, avec notamment la plantation de haies champêtres en contexte agricole, objectif soutenu par la charte d’engagements réciproques signée en juillet 2021. Autre axe d’amélioration révélé par Alice Delude : l’installation de dispositifs qui facilitent l’accueil de la faune dans les espaces logistiques, au sein des espaces verts, mais aussi en toiture ou en façade. “Les pierriers sont des amas de pierres qui permettent aux lézards de réguler leur température. Ce concept peut être adapté en fonction des sites, des territoires et des espèces locales. Dans certaines régions, les hibernacula proposent ainsi un principe similaire mais dans lequel une cavité est créée et des branches sont ajoutées permettant aux serpents d’hiverner.” A noter que ces créations d’abris concernent également les espèces volantes à travers des initiatives comme les totems à abeilles sauvages ou encore des nichoirs à oiseaux ou des gîtes à chauve-souris.

 

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Favoriser le passage à l’action pour défendre la biodiversité près des entrepôts

Si l’heure est donc aujourd’hui largement à la mobilisation chez les professionnels, la filière doit encore globalement progresser sur certains sujets clés de la défense de la biodiversité. Il s’agira notamment d’intégrer toujours plus d’espaces verts dans les projets logistiques de demain. “Il reste certains blocages chez les maîtres d’ouvrage, investisseurs ou constructeurs. Ils sont contraints par les exigences que leur imposent les futurs occupants. Ces derniers souhaitent généralement un maximum de surface construite, ce qui laisse peu de place pour les espaces verts. C’est désormais rare, mais nous voyons encore apparaître des projets qui n’intègrent que 10% d’espace vert sur la totalité de terrain. Cela laisse peu de de place pour la biodiversité” confie Alice Delude. D’un autre côté, cette densité plus forte du bâti conforte la sobriété foncière à laquelle les entrepôts sont incités à contribuer en consommant moins de terrains.

Enfin, la lutte contre la pollution lumineuse représentera certainement l’autre grand enjeu de demain en matière de biodiversité dans l’immobilier logistique. Pour des raisons de sécurité et de visibilité, les entrepôts restent encore souvent massivement éclairés. Des sources lumineuses qui viennent perturber le quotidien des insectes, des chauves-souris mais aussi des oiseaux migrateurs. Afin de corriger le tir, les futurs projets d’immobilier logistique devront induire des études d’éclairage préalables à leur construction. Objectif ? Viser une meilleure intégration des luminaires dans les nouveaux sites (moins de points d’éclairage, orientation vers le bas, non éclairage des espaces verts…). Encore assez pionnière, cette démarche mobilise aujourd’hui de plus en plus d’investisseurs, maîtres d’ouvrage et bureaux d’études. Tous acteurs et tous mobilisés pour la biodiversité.

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