Les entrepôts, ces bâtiments à double usage : logistique et production d’énergie renouvelable

Il n’est aujourd’hui plus rare de voir fleurir des panneaux solaires sur les toits des entrepôts logistiques partout en France, sans que l’on puisse forcément distinguer depuis le sol ces installations parfois grandes comme plusieurs terrains de football. Étendues sur des dizaines de milliers de m2, ces centrales photovoltaïques constituent la nouvelle norme en matière de construction d’entrepôts, et prennent d’autant plus de sens sur des bâtiments XXL.

Entrepôt du Groupe Panhard à Saint Ouen l’Aumône pour Sisley. Crédit photo : Groupe Panhard

Depuis une dizaine d’années, certains acteurs de l’immobilier logistique se sont spécialisés dans la production d’énergie renouvelable sur les toitures des entrepôts qu’ils construisent, à l’instar d’Argan et du Groupe Panhard. Il ne s’agit plus seulement de panneaux venant garnir la toiture d’un entrepôt existant, mais bel et bien d’un élément central pensé dès la conception d’un bâtiment, pour offrir des capacités de production d’électricité optimales ; une bonne nouvelle dans le contexte énergétique du moment.

Qu’elles fonctionnent en autoconsommation (de manière autonome), ou en injection (c’est-à-dire en redistribuant leur production dans le mix énergétique local), ces centrales produisent des quantités largement suffisantes pour couvrir la totalité des besoins en électricité des entrepôts qui les accueillent, d’entrepôts voisins anciens dont la structure ne permet pas de supporter des panneaux, mais aussi ceux de milliers de foyers. Deux modèles qui incarnent un marché en pleine expansion, et une ambition commune inscrite dans la charte d’engagements réciproques sur la performance économique et écologique de l’immobilier logistique, signée en 2021 entre l’État et Afilog, attestant de la volonté des professionnels du secteur de relever le défi des énergies renouvelables. Cette ambition va au-delà des obligations posées par la loi Énergie Climat de 2019* et Climat Résilience de 2021. La réglementation exige 30% de couverture photovoltaïque, alors que les professionnels s’engagent à un taux de 50% de couverture en moyenne sur leur parc et sur trois ans.

Les centrales en injection

Le Groupe Panhard est l’un des premiers à avoir cru au photovoltaïque en toiture d’entrepôts, avec la livraison dès 2009 d’une première centrale sur un bâtiment de 30.000 m2 à Saint-Ouen l’Aumône (Val d’Oise), qui était alors la plus grosse centrale photovoltaïque au nord de la Loire. Ces centrales participent à l’équilibre et à la disponibilité de l’électricité d’origine renouvelable à l’échelle locale, permettant de redistribuer les électrons au plus près des zones de production, comme l’explique son président Christophe Bouthors :

« Il m’a toujours semblé étrange de faire des bâtiments d’une telle superficie et de ne pas en utiliser la toiture. Nous avons donc choisi de développer partout et de façon systématique le photovoltaïque en créant nos propres centrales, dont nous restons propriétaires. Il y a aujourd’hui une vraie ambition dans nos métiers pour participer activement à l’évolution du mix énergétique en France, dans le cadre d’une prise de conscience globale sur l’urgence des enjeux climatiques. Nos centrales photovoltaïques ont la capacité d’alimenter en moyenne entre 1.500 et 2.000 foyers d’équivalent consommation annuelle. Ce qui est unique, c’est que le bâtiment logistique est le seul actif immobilier à être réellement devenu un actif à double usage : activité industrielle et logistique à l’intérieur et producteur d’énergie en toiture. Grâce à ces évolutions, le groupe est en train de devenir un producteur d’énergie renouvelable, en plus de ses activités traditionnelles. Sur l’année 2022, nous aurons lancé la construction de plus de 15 MWc sur 3 bâtiments ».

Centrale photovoltaïque sur l’entrepôt Aut0nom d’Argan à Serris. Crédit photo : Sys EnR

Les centrales en autoconsommation

Portée par la même ambition, la foncière Argan s’est quant à elle spécialisée dans les centrales autoconsommation, et vise donc à développer et optimiser un modèle d’autonomie énergétique de ses bâtiments au cours des prochaines années. Une tendance qui se généralise, comme l’explique N’Dogbia YOMBO, directeur des programmes chez Argan :

« Nous avons décidé de systématiser depuis 2018 l’implantation de centrales en autoconsommation sur tous nos nouveaux développements. Il se trouve qu’entre temps, la réglementation a rendu cela obligatoire à partir de 2019. Un facteur réglementaire auquel s’ajoute l’attente du marché, la sensibilisation croissante sur le besoin de diminuer l’impact carbone des activité humaines, et le coût de l’électricité qui ne cesse d’augmenter de manière très rapide. En restant dans une rentabilité acceptable, nous arrivons à atteindre entre 20 et 25% d’autonomie électrique à l’échelle annuelle pour les entrepôts classiques. S’agissant d’un entrepôt frigorifique, nous atteignons facilement 40% avec des panneaux photovoltaïques. Et si l’on y ajoute des batteries pour le stockage, comme c’est le cas sur notre nouveau standard d’entrepôt Aut0nom®, alors nous pouvons atteindre jusqu’à 50% pour un entrepôt sec, et jusqu’à 70% pour un entrepôt frigorifique ».

Des taux atteignables grâce à l’organisation croissante de la filière industrielle photovoltaïque, et donc la disponibilité de ces équipements à un prix beaucoup plus abordable permettant de développer des modèles financiers pertinents.

Logistique et énergie renouvelable, un choix économique gagnant sur le long terme

Membre de l’association Afilog, Soprasolar, filiale de Soprema, fabrique et commercialise des systèmes permettant la mise en œuvre de panneaux solaires sur toitures terrasses. « Il y a encore peu, la toiture avait pour seule fonction d’être étanche aux intempéries. Au fur et à mesure du développement de la technologie photovoltaïque, cette perception a évolué, salue Jean Damian, président de Soprasolar. Les progrès dans les procédés photovoltaïques, au niveau de leur compétitivité, de leur conformité avec les réglementations propres aux entrepôts logistiques et leur assurabilité, permettent de produire de l’électricité décarbonnée au moyen de panneaux solaires, avec un prix de revient du mégawatt heure sur 20 ou 25 ans qui finit par être moins cher que ce que l’on peut soutirer au réseau. Le contexte actuel très tendu, du fait de la guerre en Ukraine, souligne encore un peu plus cette réalité ».

L’installation de ces centrales photovoltaïques toujours plus vastes et efficientes sur les toitures des entrepôts contribue aussi à atteindre les objectifs Zéro Artificialisation Nette portés par le gouvernement. Un double usage de la logistique et de la production d’énergie qui permet dans le même temps d’intensifier l’utilisation du foncier.

Constituant tout à la fois une réponse aux besoins d’énergie à l’échelle locale, un support de la réindustrialisation du pays et un vecteur d’économie de foncier, l’entrepôt cumule les atouts pour répondre aux différents enjeux majeurs de notre époque, et incarne un exemple de bonne pratique pour penser la mutation des territoires de demain.

*La loi implique de consacrer au moins 30% de la surface de toiture de tout nouvel entrepôt à des panneaux solaires ou bien à une toiture végétalisée. Disposition à laquelle est désormais conditionnée l’obtention du permis de construire.

« En Allemagne, la production d’électricité renouvelable par les entrepôts n’en est qu’à son commencement »

Thomas Steinmüller, représentant d’ Afilog en Allemagne, fait le point sur le développement du photovoltaïque outre-Rhin : « L’installation de panneaux solaires sur les toits des entrepôts a récemment été rendue obligatoire. Auparavant, un système de subvention avait été mis en place pour inciter à en disposer sur la cinquième façade mais la taxation de l’électricité produite est trop lourde. Nous sommes d’ailleurs en train de préparer une proposition visant à rendre la fiscalité moins contraignante. Les professionnels de la logistique vont également devoir trouver des solutions pour stocker l’énergie qui sera produite. Les batteries des chariots élévateurs utilisés dans les entrepôts, celles des véhicules de transport électriques… Les pistes ne manquent pas pour développer le concept de Warehouse as a Powerbank (WaaP). Enfin, la production d’électricité renouvelable ne doit pas être seulement abordée sous l’aspect des panneaux photovoltaïques en toiture. Les autres façades, les emprises foncières non-construites des sites, l’éolien… Le potentiel est considérable, nous ne sommes qu’au début du développement de la production d’électricité renouvelable par les entrepôts ».

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